L’esthétique de Camille Claudel

Publié le par Yassine Benhida

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Aujourd’hui, personne ne peut être indifférent au génie de Camille Claudel qui se traduit dans sa sculpture. Des œuvres telle L’âge mûre, Sacoutula  entre autres, témoignent d’une grande maîtrise de cet art et d’une affirmation de sa propre touche esthétique. On pourrait parler de deux périodes distinctes dans le cheminement de l’esthétique de Camille. La première concerne une certaine période où les statuettes de cette dernière se ressemblaient à celles de Rodin. La deuxième se caractérise par une autonomie et un style qui lui est propre. Par quoi se caractérise donc l’art de Camille ? Et quelle esthétique lui est propre ?

            Que voulons nous d’abord dire par esthétique ? Parler de l’esthétique est un une tâche un peu complexe dans la mesure où le mot renferme diverses interprétations philosophiques. Pour la commodité de l’analyse, nous dirons que c’est l’exploration du monde à travers tous ces émotions pour transcender la nature de l’objet représentée dans une vision du monde, une vision du beau : plaisir admiratif soi par sa forme plastique, soit par sa noblesse morale, soit par sa supériorité intellectuelle, soit par sa conformité à ce qu’on espère.

            Au début de sa carrière chez Boucher avant même d’être le disciple de Rodin, les statuettes modeler par Camille ressemblait au style de Rodin, quoi que elle ne l’ait connu même pas. C’est-à-dire qu’il y avait des traits communs. D’abord, nous avons un style non académique. Ceci se conçoit dans ces premières statuettes (buste de son frère) qui se caractérisent par une certaine liberté (quelques groupes modelés par Camille et commentées par Paul Dubois, directeurs de l’Ecole des beaux-arts). Mais quoi que le style préconisé par Camille à ce temps fût libre, il était bel et bien classique. Ainsi, L’homme penché cette version nouée et accablée du penseur de Rodin, est sans doute une des de Camille les plus inspirées par son maître. La contorsion du personnage, l’exagération de certains détails anatomiques et le rendu expressionniste de la musculature marque une époque où l’influence de Rodin se fait tout particulièrement sentir.

            Si les matières avec lesquels elle travaillait étaient surtout de l’argile et du plâtre, l’esprit néo-florentin du chef de file Paul Dubois et de son maître Alfred Boucher se fait sentir dans les premières sculptures de Camille. Ce néo-florentin qui se rapporte à la sculpture du Quattrocento (Renaissance) de l’esprit du sculpteur, marqué par des modèle souple et nerveux, une douceur générale de facture et une recherche d’élégance dont l’ensemble de ses première oeuvres qui portent l’empreinte d’un grand effort et d’une beauté sublime. Mais est ce que Camille est restée prisonnière du joug de ses maîtres ?

            Après la rupture entre Camille et Rodin, cette dernière a fait tout pour se libérer de tout ce qui pourrait la rapprocher de son maître, à commencer par son esthétique. Or, c'est surtout à partir de 1893, tandis que les relations entre les deux amants commencent à se détériorer, qu'elle réalise ses œuvres les plus connues. S'affranchissant de l'influence de Rodin, elle choisit des matériaux rares tels que l'onyx, opte pour un aspect plus lissé, et fait preuve d'une créativité très personnelle dont sont issus ses plus beaux chefs-d'œuvre de Clotho (1893) à l'Age mûr (1894-1903). Les Causeuses (1893-1905, onyx et bronze) sont un groupe de dimensions modestes, qui met en scène quatre femmes nues en pleine conversation. Les corps et les visages, expressifs et vivants, sont taillés avec une virtuosité qui fait de cette œuvre intime un bijou fin de siècle. L'expressivité tourmentée qui se dégage de certaines œuvres s'accompagne d'une dimension allégorique aux échos douloureusement autobiographiques (comme l’âge mûre qui témoigne de sa vie privée). En revanche, si les inspirations sont communes et les thèmes sont fréquemment voisins aussi bien chez Rodin que chez Camille, l’esprit qui les anime est différent. L’amour, par exemple inspire, Chez Camille, un état d’âme partagé, un échange ; chez Rodin l’amour est un acte érotique. Le thème de la vieillesse chez Camille signifie la tristesse du temps qui passe (Clotho) et non la déchéance du cœur.

            Elle se tourne ainsi vers les thèmes affectives (l’âge mûre, la vague…) exprimé en onyx qui écoute et confie. Ce sont des sculptures qui attirent le récepteur dans la mesure où elles témoignent en plus de la maîtrise de la technique du modelage de cette matière, elle interpelle nos sentiments d’empathie. Egalement, elle opte pour des thèmes mythiques à l’instar de Sacoutala où le thème de l’imploration mime le couple qui y figure. Pour un récepteur de notre temps, aussi bien la vie que la qualité esthétique des œuvres tardives de Camille font d’elle un vrai génie. En revanche, si les inspirations sont communes et les thèmes sont fréquemment voisins aussi bien chez Rodin que chez Camille, l’esprit qui les anime est différent.

            Compte tenu de ces éléments, nous pourrons dire que l’art de Camille est le fruit d’un travail intense d’une artiste qui a su maîtriser l’art de la sculpture. Si sa première période était caractérisée par une certaine liberté classique qui témoigne de l’influence de ses maîtres et surtout Rodin, l’époque de la rupture avec Rodin sera marquée par une transcendance de son esthétique. Si l’usage de la matière (onyx)  témoigne d’une grande habilité, le choix des thèmes (déchirement, amour…) qui se rapportent souvent à sa vie font de sa création des chef-d’œuvres qui ont dépassé leur époque.

Publié dans Approche Genre

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Nina 07/05/2008 22:20

Pour moi Camille Claudel  a plus de talent que Rodin et on a étouffé son talent, il nous reste ses sculptures qui sont exposées actuellement au musée Rodin, je vais d'ailleurs y aller bientôt.....

Anodin 24/02/2008 17:03

Triste art, triste femme, triste que je suis de passer dans ton blog